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Histoire :
Le cinéma amateur

Dans cette page...

1. La valse des formats
2. La révolution du Pathé-Baby
3. De nouveaux formats
4. Le Super 8
5. Les fabricants

Le Cinématographe était un appareil assez simple, mais il restait bien trop coûteux pour un usage populaire. Il fallait trouver des matériels plus maniables encore, des formats plus petits pour diminuer le prix de la pellicule...

1. La valse des formats

Après qu'EDISON eût inventé la pellicule 35 mm qui reste le format professionnel de référence aujourd'hui encore, les fabricants essayèrent pendant un quart de siècle de lancer différents types de formats, avec les appareils correspondants, souvent réversibles.

GAUMONT fut le premier à tenter le marché amateur avec son Chrono de poche, en 1900. Il avait choisi un film de 15 mm à perforations centrales. Il servait de caméra, de projecteur, et permettait même de tirer des positifs. La même année, REULOS et GOUDEAU fabriquèrent le Mirographe utilisant une pellicule de 20 mm qui n'avait pas de perforations, mais simplement des encoches. Ces deux appareils ne rencontrèrent pas de réel succès...

Le grand public se montrait intéressé par la projection de salon, pas forcément par la prise de vue. D'autres fabricants pensèrent donc à produire de simples projecteurs. On créa même des cinématographes pour enfants, qui projetaient des films de 35 mm. La société ÉCLAIR lança en 1910 un nouveau projecteur (35 mm aussi), le Kineclair.

En 1912 PATHÉ fit une tentative vers le grand public avec son projecteur Pathé Kok et encore un nouveau format ! Cette fois-ci, le film mesurait 28 mm de largeur, avec des perforations asymétriques : 4 par image d'un côté, une seule de l'autre. Une gamme d'accessoires venaient compléter l'appareil. Une caméra fut conçue en même temps mais son prix restait dissuasif pour l'amateur.

En 1921, DEBRIE restait fidèle au 35 mm mais sa caméra, le Ciné-Sept était la plus petite dans ce format et permettait la prise de vue image par image.

2. La révolution du "Pathé-Baby"

Publicité Pathé-Baby : caméraPublicité Pathé-Baby : projecteur
Publicité Pathé-Baby dans le catalogue Omnium-Photo de juillet 1927.

L'année suivante (1922), CONTINSOUZA fabriqua pour PATHÉ le premier Pathé-Baby qui utilisait un nouveau format, le 9,5 mm, avec une perforation centrale. Ce projecteur était très simple d'emploi : les films étaient vendus dans des petits boîtiers métalliques qui évitaient les manipulations inutiles. Après la projection, le rembobinage s'effectuait rapidement avec une manivelle. La lampe de 12 V avait une intensité réglable. Ce petit projecteur se répandit dans toute l'Europe, équipant les foyers bourgeois. On pouvait regarder les films de Charlot à la maison !

Le catalogue Omnium-Photo de 1927 propose des projecteurs Pathé-Baby de 495 à 608 francs. Le salaire mensuel moyen d'un ouvrier était de 500 francs en 1919 mais entre-temps, le franc avait perdu la moitié de sa valeur...

Bobine 9,5 mm
Un chargeur pour le Pathé-Baby, format 9,5 mm. Remarquez la perforation centrale.

Fort de ce succès, PATHÉ embraya avec la caméra Pathé-Baby, qui recevait également des chargeurs tout prêts faciles d'emploi. C'est le véritable début du cinéma d'amateur. Là aussi, le fabricant proposait une large gamme d'accessoires : posemètre, bonnettes pour l'objectif, Pathé Babygraphe pour filmer des titres, colleuse... Il existait même une magnéto pour ceux qui n'étaient pas raccordés au réseau électrique.

Rapidement, le public ne se contenta plus des petits métrages (10 et 20 mètres). Un nouveau dispositif permettant l'usage de bobines de 100 mètres s'adapta au matériel existant, pour le transformer en Super Pathé Baby. En même temps les catalogues proposaient de nombreux titres à louer ou à acheter.

3. De nouveaux formats

Pendant que le 9,5 mm triomphait en Europe, l'américain KODAK proposait un nouveau format, le 16 mm, adopté par les amateurs et les professionnels. La France le bouda néanmoins, à cause de son prix, et de l'abondance de Pathé-Baby.

PATHÉ pensa rivaliser avec KODAK en créant en 1927 le format 17,5 mm, dit Pathé Rural - il était destiné en premier lieu aux forains qui organisaient des projections dans les campagnes, d'où son nom. Caméra et projecteur furent fabriqués, muets d'abord et sonores ensuite. Mais la Seconde Guerre Mondiale mit un terme à cette tentative, les autorités allemandes saisissant tout les équipements qu'elles pouvaient trouver (afin de protéger de la concurrence le matériel fabriqué outre-Rhin) ; les matériels rescapés furent transformés pour utiliser du 16 mm.

C'est en 1931 que KODAK eut l'idée de couper les pellicules 16 mm en deux pour créer un nouveau format, le "double 8". La meilleure qualité des émulsions permettaient désormais d'exposer des images plus petites supportant la projection. Le projecteur Kodascope 8 accompagna l'essor du format favori chez les amateurs. Le fabricant imagina d'ailleurs une caméra qui utilisait de la pellicule 16 mm avec une double exposition ; elle était découpée au laboratoire après le développement. On obtenait donc un métrage utile double de celui chargé.

A partir de 1933 KODAK produisit le film 8 mm dont la fabrication ne s'arrêta qu'en 1967. En 1933 aussi, l'amateur accéda au cinéma sonore, mais seulement au titre de la projection. Son matériel de projection et d'enregistrement ne lui permettaient pas encore de réaliser lui-même des films sonorisés. Ce n'est que plus tard, avec l'apparition des magnétophones à bobines, qu'il put utiliser cette nouvelle technique.

Dans les années 50, la vogue est aux projecteurs en mallette, compact et faciles à transporter.

4. Le Super 8

En mars 1965, KODAK lance un "nouveau" format, promis à un bel avenir : le Super 8. Il s'agissait en fait d'une pellicule 8 mm, mais la perforation plus petite et repoussé à l'extrême bord permettait d'agrandir légèrement l'image. Au premier abord on ne voit pas très bien l'avantage. En fait il s'agissait d'une opération commerciale ; la société de consommation triomphante permettait de créer des besoins. Le catalogue Grenier-Natkin de 1967 fait le point sur ce nouveau format : tous les foyers français ne sont pas équipés de matériel photo, et on ne compte qu'une caméra pour 50 appareils photo... Les fabricants tablent sur les avantages du Super 8 pour développer un nouveau marché, en alliant simplicité d'utilisation (moteur électrique, réglage automatique de l'exposition, visée reflex, chargement instantané..). et des prix accessibles.

Publicités pour le Super 8
Les grandes marques se lancent dans le Super 8
à la suite de KODAK, qui lance en 1967 sa gamme Instamatic

Ce dernier point reste tout relatif. Le même catalogue propose son modèle le moins cher à 375 francs (la Bauer Mini, qui comprend encore des fonctions manuelles), ce qui représente quand même 15 jours de salaires pour un ouvrier spécialisé. Pour un matériel plus perfectionné, les prix montent rapidement à 1000 francs et plus. Si l'on ajoute le coût de la pellicule et du traitement en laboratoire, le cinéma amateur reste un loisir réservé à une clientèle aisée.

Les projecteurs coûtent évidemment plus cher encore (il faut compter 5000 francs pour un projecteur sonore). La solution la plus abordable reste la location du matériel, le temps d'un week-end, pour regarder des courts-métrages ou les films familiaux. Dans les faits, la plupart des projections privées ont lieu dans les patronages, les écoles, au catéchisme...

Il s'agit néanmoins d'un secteur porteur : en 1973 le marché amateur de la pellicule représente quatre fois celui des professionnels !

KODAK a cessé la fabrication du film Super 8 en décembre 1997.

5. Les fabricants

On doit garder à l'esprit que les progrès techniques dans différents domaines (optique, mécanique, chimie) allaient de paire et se complétaient, trouvant leur achèvement dans des matériels toujours améliorés.

Les industriels proposaient généralement du matériel professionnel et du matériel amateur. Cependant quelques marques se sont spécialisées dans l'équipement des amateurs. Ainsi PAILLARD (PAILLARD-BOLEX) n'a jamais abordé le 35 mm. L'histoire de cette firme est caractéristique de l'évolution de l'industrie cinématographique. Au milieu du XIX ème siècle, la famille PAILLARD avaient un atelier de petite mécanique dans le Jura suisse. De nombreuses améliorations et des réussites particulières (boîtes à musique, cartel) lui assurait une clientèle mondiale. Mais l'avènement du phonographe menaçait leur suprématie. Ils décidèrent de s'attaquer à la fabrication de ces nouvelles machines : l'Echophone en 1898 fut suivi du célèbre Gramophone en 1904. A partir de 1930, ils mirent leur savoir-faire au service du cinéma - peut-être inspiré par un séjour que fit dans leur village de Sainte-Croix DEMENŸ à qui l'on doit l'application de la croix de Malte. Ils créèrent leur premier modèle, le Cinécaméra Paillard modèle H. Depuis lors, la qualité de leur fabrication ne s'est jamais démentie. Mais ils sont restés attachés au formats semi amateurs comme le 16 mm.

Caméra Paillard
Caméra Paillard
Projecteurs Paillard
Trois projecteurs PAILLARD proposés en 1967 :
1) 18-S L Super - 2) S M 8  - 3) S 321

Parmi les autres fabricants, on peut citer les allemands BAUER (leader du 16 mm), AGFA et NIZO, les américains BELL & HOWELL, les français BEAULIEU et CINEGEL, l'autrichien EUMIG.

Eugen BAUER, de Stuttgart, a fabriqué son premier projecteur en 1907, au format 35 mm et doté d'une croix de Malte. Sa principale innovation fut d'y ajouter une bobine réceptrice. Jusque là, le film projeté s'écoulait dans un panier à linge... Il fallait rembobiner à la main. En 1910, son deuxième projecteur fonctionne à l 'électricité et comporte des tambours clos qui limitent le risque d'incendie inhérent aux pellicules au nitrate.

En 1923, un quart de siècle après le lancement par EASTMAN de la pellicule transparente utilisée par EDISON, KODAK fabrique ses premiers matériels cinématographiques en 16 mm : la caméra Cine-Kodak et le projecteur Kodascope. C'était la suite logique d'années consacrées à la production de pellicules et d'appareils photo. En 1927 George EASTMAN et Charles PATHÉ s'associent. En 1929 est créé sa première pellicule cinéma, particulièrement destinée au sonore. Leur premier projecteur sonore date de 1936. KODAK lance le Super 8 en 1965.

BELL & HOWELL a été créé en 1907 à Skokie (Illinois) par un inventeur et un projectionniste. C'est en 1923 que la compagnie propose son premier projecteur 16 mm, le Filmo-Master destiné aux amateurs. La version sonore, le Filmosound, date de 1934.

BEAULIEU a commencé de produire des caméras en 1951 et des projecteurs en 1960 (projecteur double 8). A partir de 1965 BEAULIEU suit KODAK dans le Super 8, avec la caméra S 2008, la première en Europe. Ce fabricant n'a jamais abordé le 35 mm.

AGFA a été créé en 1867, il s'agissait d'une manufacture de teinture. Le nom lui-même a été déposé en 1873 (Aktien-Gesellschaft für Anilin-Fabrikation). L'atelier Gevaërt naquit à Anvers en 1890, sa spécialité était le papier photographique. AGFA se lança dans les produits pour la photo en couleurs en 1916. Les deux compagnies furent réunies en 1964.

Les industriels japonais sont venus plus tardivement au cinéma amateur. La société ELMO existe depuis 1921. EIKI, fondé en 1953, a innové en créant des projecteurs "modularisés", plus faciles à utiliser et à réparer et moins coûteux à produire. "Eiki" veut dire "projecteur" en japonais.

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© 2006, Claude-Alice Marillier

Les sources du cinéma Le cinématographe La valse des formats